Une situation de marché devenue étonnante
Pendant longtemps, la Nissan 350Z a représenté l’un des derniers grands “bons plans” des sportives japonaises atmosphériques. Un coupé propulsion équipé d’un V6 de grosse cylindrée, disponible en boîte manuelle, sans suralimentation et avec une vraie personnalité mécanique, le tout pour des tarifs encore raisonnables.
Mais cette période semble progressivement toucher à sa fin.
Depuis quelques années, les belles 350Z — particulièrement les phases 3 équipées du VQ35HR de 313 chevaux — voient leur cote grimper rapidement. Les exemplaires propres, peu kilométrés et bien conservés atteignent désormais des niveaux de prix qui auraient semblé absurdes il y a encore peu de temps. Sur le marché actuel, il n’est plus rare de voir de très beaux exemplaires dépasser les 25 000 €, voire approcher les 30 000 € dans certaines configurations particulièrement recherchées.
Le problème, c’est qu’à ces niveaux de prix, une autre voiture commence à devenir extrêmement pertinente : la Nissan 370Z.
Et c’est précisément là que le sujet devient intéressant.
Une évolution bien plus profonde qu’il n’y paraît
La 370Z est souvent présentée comme une simple évolution de la 350Z. Dans les faits, la voiture évolue pourtant beaucoup plus qu’on ne l’imagine.
Nissan retravaille profondément la plateforme. L’empattement est raccourci, les voies élargies, la rigidité augmente sensiblement et le centre de gravité est abaissé. Le résultat donne une voiture plus compacte dans ses proportions, mais également beaucoup plus sérieuse dans son comportement.
Visuellement, la différence est tout aussi importante. Là où la 350Z conserve une certaine rondeur typique du début des années 2000, la 370Z adopte des lignes plus tendues, plus agressives et globalement plus modernes. Elle paraît plus dense, plus musclée, avec une vraie montée en gamme dans sa présentation générale.
Aujourd’hui encore, la 370Z vieillit étonnamment bien. Là où certaines 350Z commencent à afficher leur âge, notamment à l’intérieur, la 370Z conserve une présence beaucoup plus actuelle.
Le moteur : une évolution réelle, mais pas une révolution
Le cœur des deux voitures reste évidemment le V6 atmosphérique Nissan, et c’est précisément ce qui explique leur popularité actuelle.
La 350Z phase 3 reçoit déjà l’excellent VQ35HR de 313 chevaux, probablement la version la plus aboutie de la 350Z. Ce moteur transforme littéralement l’auto par rapport aux premières phases. Il monte plus franchement dans les tours, respire mieux et apporte un caractère beaucoup plus sportif à l’ensemble. C’est d’ailleurs en grande partie ce qui explique la hausse de la cote des phases 3 aujourd’hui.
Mais la 370Z va encore plus loin avec le VQ37VHR de 3,7 litres développant environ 331 chevaux. Sur le papier, l’écart de puissance reste relativement limité. Dans la réalité, la différence se ressent davantage sur la disponibilité moteur et sur le couple. Le 3.7 paraît plus plein, plus immédiat, avec une sensation de force plus présente à mi-régime.
Surtout, la mécanique semble plus moderne dans son fonctionnement. Le moteur paraît moins brut, moins “vieille école” que celui de la 350Z. Et c’est précisément là que les avis commencent à diverger.
350Z ou 370Z : laquelle procure le meilleur ressenti ?
Car malgré ses qualités objectives, la 370Z ne fait pas systématiquement l’unanimité face à la 350Z.
La raison est relativement simple : la 350Z conserve une forme de rudesse mécanique qui participe énormément à son charme. La voiture paraît plus physique, plus rustique, avec un comportement parfois moins rigoureux mais aussi plus vivant. Elle donne davantage l’impression d’être une voiture qu’il faut “tenir”, avec un côté légèrement brut qui participe fortement à son identité.
La 370Z adopte une approche différente. Le châssis est objectivement meilleur, la direction plus précise et la voiture globalement plus stable. En version Pack Sport, elle reçoit notamment le différentiel autobloquant, les freins Akebono, les jantes Rays ainsi que des sièges spécifiques, ce qui renforce encore cette impression de cohérence globale.
Le résultat donne une voiture extrêmement efficace et déjà très performante, même selon les standards actuels. Mais cette montée en maîtrise s’accompagne aussi d’une légère perte de brutalité mécanique. Là où la 350Z peut parfois sembler sauvage, la 370Z paraît plus mature.
Finalement, la question devient presque philosophique : souhaite-t-on une voiture plus expressive ou une voiture objectivement meilleure ?
Le véritable sujet : le rapport prix / prestation
C’est ici que la 370Z devient extrêmement intéressante.
Pendant longtemps, elle a souffert d’un positionnement compliqué. Plus chère qu’une 350Z, mais moins prestigieuse qu’une Porsche Cayman, elle occupait une zone intermédiaire parfois difficile à justifier.
Aujourd’hui, la situation change complètement.
Le problème de la 350Z phase 3 est qu’elle commence à devenir chère. Très chère même, lorsqu’on cherche un bel exemplaire avec un kilométrage cohérent. Et l’écart avec la 370Z devient alors étonnamment faible.
Dans certains cas, pour seulement 1000 à 2000 € supplémentaires, il devient possible d’accéder à une 370Z affichant un kilométrage similaire.
Et c’est précisément ce qui change totalement la lecture du marché.
Car pour un différentiel devenu relativement faible, la 370Z propose une voiture plus moderne dans sa conception, mieux finie, plus performante et globalement plus aboutie. L’intérieur paraît plus actuel, le châssis plus sérieux et l’expérience générale plus cohérente dans un usage moderne.
La 370Z commence alors à apparaître comme une forme d’anomalie sur le marché.
Une voiture encore sous-évaluée ?
C’est probablement le cœur du sujet.
La 350Z bénéficie aujourd’hui d’un statut presque “néo-youngtimer”. Elle représente le retour des coupés japonais simples, atmosphériques et relativement analogiques. Cette image joue énormément dans sa valorisation actuelle.
La 370Z, à l’inverse, reste encore dans une zone un peu floue. Trop récente pour bénéficier pleinement de cet effet nostalgique, mais déjà suffisamment ancienne pour voir certaines valeurs commencer à remonter.
Et pourtant, objectivement, la voiture est supérieure quasiment partout.
C’est précisément ce décalage qui rend son positionnement actuel particulièrement intéressant.
Verdict : laquelle offre le plus pour son argent ?
La réponse dépend finalement énormément de ce que l’on recherche.
La 350Z phase 3 conserve une personnalité extrêmement forte. Plus brute, plus rustique, plus “vieille école”, elle possède un charme mécanique que la 370Z lisse légèrement. Elle donne davantage l’impression d’une sportive japonaise traditionnelle, avec ses défauts comme avec ses qualités.
Mais si l’on adopte une lecture plus rationnelle du marché actuel, la 370Z devient difficile à ignorer.
Pour un écart de prix devenu relativement faible, elle apporte une vraie montée en gamme, un niveau de performances supérieur et une expérience globale beaucoup plus moderne. Elle apparaît plus cohérente, plus polyvalente et probablement plus exploitable au quotidien.
La 350Z reste probablement la plus attachante émotionnellement.
Mais aujourd’hui, la 370Z apparaît très clairement comme la proposition la plus cohérente en termes de rapport prix / prestation.
Et c’est précisément ce qui la rend peut-être plus intéressante que jamais.
Lucas Duchesne 

